Pendant des années, chaque projet social en RDC avait sa propre liste de bénéficiaires. Cette fragmentation a produit des conséquences désastreuses : doublons systématiques, exclusions injustifiées, fuites financières et surtout, une profonde injustice sociale où les plus vulnérables n’étaient pas toujours ceux qui recevaient l’aide.
Pour en finir avec cette fragmentation, le Gouvernement a lancé une réforme majeure : le Registre Social Unique (RSU), par le Décret 25/041 du 4 décembre 2025. Aujourd’hui, plus de 450 000 mille ménages sont déjà enregistrés dans 11 provinces (Kinshasa, Nord Kivu, Sud Kivu, Nord Ubangi, Sud Ubangi, Ituri, Kasai central, Kongo central, Kwilu, Kwango, Tanganyika). Au total, soixante-quatre (64) zones de santé, vingt-sept (27) territoires/villes et cent vingt-sept (127) communes /chefferies/secteurs sont touchés. Ce n’est plus un simple projet ; c’est l’infrastructure qui se construit afin de soutenir toute notre politique sociale.
Mais pour passer à la phase d’extension, nous devons collectivement relever 4 défis majeurs en 2026. Ces défis d’urgence sont : (i) l’usage : trop de programmes continuent d’ignorer le RSU et créent leurs propres listes de bénéficiaires ; (ii) la pérennité : le RSU dépend encore trop des financements extérieurs. L’État doit s’en emparer durablement ; (iii) l’actualisation : les données vieillissent. Un ménage enregistré en 2020 n’est plus le même en 2026, en raison de naissances, décès, mitigation… ; (iv) l’appropriation : le RSU reste méconnu des citoyens et de certains ministères et partenaires. Il doit devenir un réflexe national.

Notre feuille de route tourne autour de cinq (5) leviers pour faire basculer le système :
- Institutionnaliser l’usage : « Pas de RSU, pas de financement ». La vulgarisation du décret du RSU en vue de son application stricte est d’une impérative nécessité. L’opérationnalisation effective de deux organes du RSU est une exigence : le Comité de pilotage et l’Unité Technique de Gestion du RSU. Ces organes devront travailler pour rendre obligatoire l’utilisation du RSU pour tout programme social. Fin des listes parallèles, place à un ciblage unique et certifié.
- Passer du « projet » au « système national ». A l’aube des conférences budgétaires qui pointent à l’horizon, l’inscription d’une ligne RSU dans le budget de l’État 2027 est recommandée. Alimentons le RSU en données fiables et actualisées des ménages pauvres et vulnérables à l’usage des programmes sociaux, connectons le registre à l’état civil, aux écoles et aux hôpitaux pour des mises à jour continues, et opérationnalisons nos antennes provinciales de l’UTG-RSU en les dotant des moyens pour une gestion de proximité.
- Gagner la confiance par la transparence. L’affichage public des listes, un numéro vert gratuit pour les plaintes et réclamations, et une charte de protection des données : voilà comment nous garantirons l’équité et désamorcerons les suspicions d’usage politique.
- Produire de la valeur pour chaque utilisateur. Les programmes et ministères n’utiliseront le RSU que s’il leur fait gagner du temps. Après signature de protocole de partage de données, l’UTG-RSU est capable d’extraire en 1 clic des listes ciblées (« Ménages pauvres de Goma », « Femmes vulnérables ») ; ce travail se fait avec l’appui de nos équipes techniques présentes dans nos antennes provinciales, qui servent des guichets sociaux pour l’actualisation des données en temps réels.
- Mesurer l’impact, pas seulement l’activité. Au-delà du seul indicateur du seul « nombre de ménages pauvres et vulnérables enregistrés », de nouveaux indicateurs complémentaires clés seront désormais disponibles sur notre portail. Il s’agit du % des programmes sociaux utilisant effectivement le RSU, le délai de réponse entre une requête formulée par un partenaire et la mise à disposition de listes des ménages sollicitées en vue de l’intervention et le taux d’erreur (inclusion/exclusion) pour garantir la justice sociale.
Une infrastructure pour la RDC de demain
Le RSU n’est pas une fin en soi. C’est une infrastructure sociale, au même titre qu’une route ou une centrale électrique. Il ne produit rien directement, mais il permet à toutes nos politiques de protection sociale de fonctionner plus vite, plus juste et plus efficace.
La qualité de sa mise en œuvre déterminera l’impact de toute notre action sociale.
J’invite l’ensemble des ministères, des provinces, des partenaires techniques et de la société civile à rejoindre ce mouvement. D’ici 2027, visons 80% des programmes sociaux utilisant le RSU.
« Unis pour un RSU fort, au service d’un Congo plus juste ».
Jules Bisilwala Mukusu,
Coordonnateur de l’UTG-RSU.
